Chômage : ce que la réforme de mars 2026 a vraiment changé

Ce n'est plus un projet de loi. Depuis le 1er mars 2026, les allocations de chômage sont limitées à 24 mois. Dans le même mouvement, la condition d'accès a été unifiée — 312 jours de travail pour tout le monde — et le barème dégressif, qui comptait une douzaine de paliers, est ramené à trois marches. Voici ce que ça donne mois par mois, et ce qui rouvre un droit.

La loi du 18 juillet 2025 a réécrit l'assurance chômage. Elle est entrée en vigueur le 1er mars 2026, après une période de transition ouverte le 1er juillet 2025. Ce n'est donc plus un débat parlementaire : c'est le régime applicable aujourd'hui, et il change trois choses à la fois — la durée, la porte d'entrée, et le calcul.

Vingt-quatre mois, pas un de plus

12
mois de première période, pour tout le monde
+12
mois maximum de seconde période, selon la carrière
24
mois, le plafond absolu

La première période dure douze mois, quelle que soit ta carrière. La seconde se calcule : un mois par tranche de 104 jours de passé professionnel, plafonnée à douze mois. La décimale du résultat est arrondie à l'unité supérieure si elle atteint 5, sinon elle est écartée.

💡 Deux exemples de l'ONEM

Un passé professionnel de 896 jours donne 896 ÷ 104 = 8,61, arrondi à 9 mois de seconde période. Un droit ouvert le 6 avril 2026 bascule donc en seconde période le 6 avril 2027 et s'éteint le 6 janvier 2028.

Un passé de 2 365 jours donne 22,74, soit 23 mois — ramenés à 12. Au-delà d'environ dix ans de carrière, le plafond est atteint et une carrière plus longue n'ajoute plus rien.

Une remarque qui compte pour beaucoup de dossiers : plusieurs situations reportent la date de fin de droit sans consommer le compteur. Une occupation à temps plein, quelle qu'en soit la durée. Un temps partiel avec maintien des droits sans allocation de garantie de revenus. Un temps partiel volontaire sans allocations d'au moins douze heures par semaine ou d'un tiers-temps. Les périodes couvertes par des indemnités de maternité, un congé de maternité obligatoire, un congé de naissance ou d'adoption. Et toute occupation hors du secteur chômage de la sécurité sociale — indépendant, agent statutaire, enseignant nommé — d'au moins trois mois sans allocations.

La porte d'entrée : 312 jours, quel que soit ton âge

C'est le second changement de fond, et il est passé plus inaperçu que les 24 mois.

Avant
Un barème par tranche d'âge
312 jours sur 21 mois pour les plus jeunes
468 jours sur 33 mois ensuite
624 jours sur 42 mois pour les plus âgés
Depuis le 1er mars 2026
Un seuil unique
312 jours de travail ou assimilés
sur une période de référence de 36 mois
quel que soit l'âge

La période de référence de 36 mois peut être prolongée — maladie, activité hors sécurité sociale d'au moins trois mois, interruption de carrière ou crédit-temps, détention — sans jamais dépasser quinze ans au total.

✅ Ce que ça change concrètement

Pour un travailleur de plus de 50 ans, la condition d'accès s'est allégée : 312 jours au lieu de 624. Pour un jeune avec une carrière courte, elle s'est en revanche durcie, puisque la fenêtre passe de 21 à 36 mois mais que le nombre de jours reste identique — l'effet net dépend du rythme d'emploi des trois dernières années.

Combien tu touches, mois par mois

Le barème dégressif ne compte plus que trois marches avant le forfait, là où l'ancien régime en empilait une douzaine.

Période % du salaire Plafond de rémunération
Mois 1 à 365 %4 265,98 €/mois
Mois 4 à 660 %4 010,98 €/mois
Mois 7 à 1260 %3 262,99 €/mois
Mois 13 à 24Forfait, plus aucun lien avec le salaire

Le plafond compte autant que le pourcentage. Entre le troisième et le septième mois, il descend de 4 265,98 € à 3 262,99 € : pour un salaire supérieur à ce dernier montant, l'allocation baisse deux fois, une fois par le taux et une fois par le plafond.

Les montants journaliers bruts

Situation Max. mois 1-3 Forfait mois 13-24
Cohabitant avec charge de famille106,65 €/jour69,59 €/jour
Isolé106,65 €/jour56,40 €/jour
Cohabitant106,65 €/jour29,27 € ou 41,54 €/jour

Le régime compte six allocations journalières par semaine, du lundi au samedi, soit une moyenne de 26 par mois. Un forfait de 56,40 € par jour représente donc environ 1 466 € brut par mois. Un précompte professionnel de 10,09 % est retenu, sauf dans certaines situations.

⚠️ Le cohabitant est le grand perdant du forfait. Son montant descend à 29,27 € par jour si son passé professionnel est jugé insuffisant, contre 41,54 € sinon — soit environ 761 € contre 1 080 € brut par mois. C'est la marche la plus raide de tout le barème, et elle tombe au treizième mois.

Qui échappe à la limitation

Métiers portuaires et de la merTravailleurs des ports, pêcheurs de mer, débardeurs et trieurs de poissons reconnus, en chômage complet.
🏭
RCC et atelier protégéRégime de chômage avec complément d'entreprise, et travailleurs en situation de handicap occupés en atelier protégé — régime en extinction depuis 2004.
🎭
Travail des artsBénéficiaires d'une allocation du travail des arts, ou de l'allocation forfaitaire spécifique qui prend le relais.
🎂
55 ans avec une longue carrièreCondition appréciée à l'ouverture du droit : 31 ans de passé professionnel en 2026, 32 ans en 2027, 33 en 2028, 34 en 2029, puis 35 ans. Le passé se calcule en divisant les jours de travail et assimilés par 312.

Une exception obtenue lors d'une demande antérieure reste acquise, même si les conditions se durcissent ensuite.

Sortie d'études : le stage d'insertion

Le jeune qui sort des études sans avoir travaillé ne relève pas des allocations de chômage mais des allocations d'insertion, avec un parcours distinct.

1
S'inscrire comme demandeur d'emploiLe stage d'insertion démarre au plus tôt le jour de l'inscription auprès du Forem, d'Actiris, du VDAB ou de l'ADG. Chaque semaine d'attente est une semaine perdue.
2
Accomplir 156 jours de stageDimanches non comptés, soit environ six mois. Le stage n'est pas indemnisé. Les jours d'hospitalisation, de maladie ou d'emprisonnement ne comptent pas.
3
Demander les allocations d'insertionIl faut ne pas avoir atteint 25 ans au moment de la demande, sauf dérogation, et disposer d'un diplôme ou d'une attestation figurant sur les listes officielles.
4
Douze mois de droitÀ compter du premier jour demandé. La durée est prolongée par un travail à temps plein, un temps partiel avec maintien des droits, une activité indépendante ou publique d'au moins trois mois, ou des indemnités de maternité, de congé parental ou de maladie.

⚠️ Reprendre des études fait perdre le stage déjà accompli. Une reprise d'au moins 27 crédits ou 16 heures par semaine empêche le stage de se dérouler. Et poursuivre des études déjà entamées annule le stage déjà effectué.

Les délais qui font perdre des semaines

L'indemnisation court à partir de la date de la demande, pas de la date de fin du contrat. C'est la règle la plus coûteuse quand on l'ignore : mieux vaut se présenter à son organisme de paiement dès le premier jour de chômage, même sans tous les documents.

Situation Délai d'inscription Si tu le rates
Cas généralLe jour de la demande ou dans les 8 joursAllocations seulement à partir de l'inscription
Dispense de prester le préavis2 mois dès le 1er jour de dispenseExclusion pendant 4 semaines
Indemnité non cumulable (préavis, rupture de commun accord, éviction, non-concurrence)2 mois dès le 1er jour couvertExclusion pendant 4 semaines

Les documents : le C4 est délivré par l'employeur à la fin du contrat, c'est la pièce de base. Le C6 vient de la mutualité en cas d'inaptitude. Le C109 est délivré par ton organisme de paiement après une période d'inactivité, après une activité indépendante, ou si le C4 ne peut pas être obtenu à temps — ce dernier cas est précisément celui qui permet de ne pas attendre. Le C1 déclare ta situation familiale, et c'est lui qui détermine ta catégorie, donc ton montant.

Après la fin de droit

Quand les 24 mois sont écoulés, le droit s'éteint. Pour en rouvrir un, il faut de nouveau prouver 312 jours de travail ou assimilés dans une période de référence de 36 mois — et ces jours ne peuvent pas être ceux qui ont déjà servi à une admissibilité antérieure.

Une période de transition s'applique aux personnes qui étaient déjà indemnisées avant le 1er mars 2026. Le nombre de mois restants se compte à partir du 1er juillet 2025 et dépend de la période d'indemnisation atteinte au 30 juin 2025 : de six mois pour un chômeur au forfait depuis vingt ans ou plus, à vingt-quatre mois pour une personne en première période disposant d'au moins cinq ans de passé professionnel. C'est ce calendrier qui explique les échéances groupées observées depuis le début de l'année.

Si tu envisages de te lancer comme indépendant plutôt que d'attendre la fin de droit, le dossier sur la démission et le droit passerelle traite le sujet côté départ volontaire.

À retenir : cette page décrit le régime général applicable depuis le 1er mars 2026. Ta durée d'indemnisation dépend de ton passé professionnel exact, et ton montant de ta dernière rémunération et de ta situation familiale. Ton organisme de paiement — CAPAC, CSC, FGTB ou SYNOVA — et l'ONEM font foi.