Assurance groupe : le pilier que tu ne vois jamais passer
Le 1er pilier, c'est la pension légale. Le 3e, c'est l'épargne-pension que tu choisis. Entre les deux, il y en a un que ton employeur alimente sans que tu aies rien décidé — et c'est souvent le plus gros. Sa valeur réelle ne dépend pas seulement de ce qui y a été versé : elle dépend de l'âge auquel tu le liquides, qui fait varier le prélèvement de 10 % à 20 %. Voici le calcul complet.
Le deuxième pilier, c'est la pension complémentaire constituée dans le cadre professionnel. Pour un salarié, elle prend la forme d'une assurance groupe ou d'un fonds de pension, alimenté principalement par l'employeur, parfois complété par des retenues sur ta fiche de paie.
C'est le pilier le plus mal connu, pour une raison simple : tu n'as rien signé, rien choisi, et tu ne le vois passer nulle part. Il représente pourtant, pour beaucoup de salariés, plus que leur épargne-pension.
Ce que ton employeur verse, et ce que ça lui coûte
Les contributions patronales ne sont pas du salaire : elles échappent aux cotisations de sécurité sociale ordinaires. Elles supportent en revanche deux prélèvements spécifiques.
⚠️ La cotisation Wijninckx quadruple en 2026. Elle frappe les pensions complémentaires élevées : la quote-part de l'employeur dans l'augmentation des réserves acquises, lorsque la somme de la pension légale et des réserves dépasse un « objectif de pension ». Elle était de 3 % de 2019 à 2025. Elle passe à 12,50 % à partir de l'année de cotisation 2026. Le montant de référence servant à calculer l'objectif était de 95 636,10 € en 2025 ; celui de 2026 n'est pas encore publié.
La règle des 80 % : ce qu'elle limite vraiment
C'est la règle la plus citée et la plus mal comprise. Elle ne limite pas ce que tu peux constituer : elle limite la déductibilité fiscale des primes chez l'employeur.
Le principe : les primes ne peuvent pas aboutir à ce que la pension légale et la pension extra-légale excèdent ensemble 80 % de la dernière rémunération brute normale, exprimée en rente annuelle au moment du départ à la retraite.
Il tient compte de tous les plans de deuxième pilier auxquels tu es affilié, salarié comme indépendant. Il ne tient pas compte de l'épargne-pension ni de l'épargne à long terme, qui relèvent du troisième pilier. Et il ne s'applique pas au calcul du plafond de cotisation à une PLCI.
La taxation à la sortie : l'âge décide de tout
C'est ici que se joue l'essentiel. Le capital n'est pas taxé d'un bloc : les versements de l'employeur et tes propres versements suivent deux régimes distincts.
| Âge de liquidation | Capital issu de tes versements | Capital issu des versements employeur |
|---|---|---|
| 60 ans | 10 % après le 1/01/1993 16,5 % avant | 20 % si pris avant le départ à la retraite 16,5 % au départ à la retraite |
| 61 ans | 18 % si pris avant le départ 16,5 % au départ à la retraite | |
| 62 à 65 ans | 16,5 % dans tous les cas, sauf carrière complète | |
| Carrière complète de 45 ans et actif les 3 dernières années | 10 % |
Sur un capital patronal de 100 000 €, liquider à 60 ans avant le départ à la retraite coûte 20 000 € d'impôt. Attendre une carrière complète de 45 ans, en restant effectivement actif les trois dernières années, le ramène à 10 000 €. Le même capital, deux fois moins d'impôt, pour une question de calendrier.
Deux précisions comptent. Les taux ci-dessus ne comprennent pas les additionnels communaux : le précompte réellement retenu à la source est de 16,66 % au lieu de 16,5 % et de 10,09 % au lieu de 10 %. Et la base de calcul est le capital diminué des cotisations sociales, participations bénéficiaires exclues — celles-ci ne sont pas taxées.
L'âge légal de la retraite est de 66 ans depuis 2025, et passera à 67 ans en 2030. Au-delà de 66 ans, le taux de 10 % suppose une liquidation au plus tôt à l'âge légal et une activité effective les trois dernières années.
Le capital est d'abord taxé selon le barème ci-dessus. Ensuite, un précompte mobilier de 30 % est dû chaque année sur un montant égal à 3 % du capital net perçu. Sur un capital net de 10 000 €, cela représente 90 € par an.
Les prélèvements sociaux, qui s'ajoutent
| Prélèvement | Taux | Assiette |
|---|---|---|
| Cotisation INAMI | 3,55 % | Montant total brut, participations bénéficiaires comprises |
| Cotisation de solidarité | 0 à 2 % | Idem — 2 % en cas de capital unique |
La cotisation de solidarité est remboursée si la pension légale plus la pension complémentaire, fictivement convertie en rente, ne dépassent pas 3 225,74 € par mois pour un isolé, ou 3 729,34 € avec charge de famille.
⚠️ Un troisième prélèvement arrive en 2027. Pour les versements effectués après le 1er juillet 2027, une cotisation de solidarité supplémentaire de 2 % sera prélevée sur la partie des pensions complémentaires dépassant 150 000 €.
Le rendement garanti, et qui le garantit
La loi impose que tu reçoives au moins les contributions versées, capitalisées à un taux fixé par la loi. La FSMA calcule et publie ce taux chaque année, en tenant compte des taux d'intérêt des obligations d'État à dix ans.
La loi impose cette obligation à l'organisateur — l'employeur ou l'organisateur sectoriel — et non à l'organisme de pension. Si les rendements réels sont inférieurs, c'est l'employeur qui doit combler la différence. Pour les plans de type prestations définies, la garantie légale ne porte que sur les contributions personnelles.
Changer d'employeur : le moment où l'on perd des garanties
À la sortie de service — démission, licenciement, prépension — l'organisme de pension t'envoie une fiche de sortie reprenant l'état de tes droits et les options possibles. Il y en a quatre.
⚠️ Transférer fait perdre deux protections. La prestation acquise de ta fiche de sortie n'est plus garantie. Et tu perds la garantie de rendement légale : la pension que tu recevras dépendra du contenu du nouveau contrat et des rendements obtenus, sans minimum légal. Les rendements éventuellement garantis par l'organisme d'origine ne s'appliquent plus.
La recommandation de la FSMA est de comparer la prestation acquise de la fiche de sortie avec les montants que la structure d'accueil fournirait à la retraite — et de les demander explicitement s'ils ne figurent pas sur les documents.
Où vérifier ce que tu as
mypension.be rassemble le premier et le deuxième pilier, salarié comme indépendant. Le troisième pilier n'y figure pas : ton épargne-pension reste chez ton organisme.
Les données du deuxième pilier proviennent de DB2P, la banque de données gérée par Sigedis. Elles sont mises à jour au début du mois de septembre : les organismes de pension ont jusqu'au 31 août pour transmettre l'état des droits arrêté au 1er janvier. Regarder en juin revient à consulter les chiffres de l'année précédente. Les montants affichés sont bruts.
Le jour où le capital est perçu, il doit obligatoirement être déclaré au cadre V de ta déclaration à l'impôt des personnes physiques, même si un précompte professionnel a déjà été retenu à la source. Les additionnels communaux sont établis selon ta commune de domicile au 1er janvier de l'exercice d'imposition, soit le 1er janvier qui suit l'année de perception : percevoir en octobre 2026 fait dépendre les taxes communales de ton domicile au 1er janvier 2027.