Droits de succession : trois pays dans un seul

Hériter de 200 000 € d'un frère coûte environ 62 000 € en Flandre et près de 85 000 € en Wallonie. Hériter du même montant d'un parent en coûte moins de 15 000 € partout. En Belgique, ce n'est pas le montant qui décide, c'est le lien de parenté — puis la Région. Et une règle discrète, celle des donations récentes, rattrape des successions qu'on croyait réglées.

Les droits de succession sont une compétence régionale. Trois barèmes, trois logiques d'abattement, trois listes d'exonérations. Et à l'intérieur de chaque Région, le taux dépend d'abord du lien de parenté — c'est lui, et non le montant, qui fait passer d'un prélèvement de quelques pourcents à un prélèvement majoritaire.

Comment le calcul fonctionne

Trois principes valent partout.

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Par héritier, pas par successionChaque héritier est taxé sur sa propre part nette, avec son propre barème selon son lien avec le défunt. Une succession partagée entre plusieurs enfants coûte donc moins cher qu'une succession reçue par un seul.
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Par trancheLe taux le plus élevé ne s'applique qu'à la part qui dépasse le seuil, jamais à la totalité.
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Sur l'actif netLes dettes du défunt et les frais funéraires sont déduits. La Flandre applique un forfait de 8 090,40 € pour les frais funéraires et de 2 022,60 € pour les dettes en cas de décès en 2026.

⚠️ Une exception flamande qui surprend. Pour la catégorie « autres personnes », la Flandre applique le tarif sur la somme des parts de tous ces héritiers, puis répartit l'impôt au prorata. Deux neveux recevant 40 000 € et 60 000 € sont donc taxés comme sur 100 000 €, pas séparément.

Flandre : trois taux, et une séparation avantageuse

Tranche Ligne directe et partenaire Frères et sœurs Autres
0 à 35 000 €3 % jusqu'à 50 000 €25 %25 %
35 000 à 75 000 €30 %45 %
50 000 à 250 000 €9 %55 % au-delà de 75 000 €55 % au-delà de 75 000 €
Au-delà de 250 000 €27 %

La Flandre a le barème le plus simple en ligne directe — trois taux — et surtout une particularité qui pèse lourd : le barème s'applique séparément sur la part mobilière et sur la part immobilière. Chacune repart à 3 %. Une succession composée pour moitié d'immobilier et pour moitié de placements est donc nettement moins taxée qu'une succession équivalente concentrée sur un seul type de bien.

Contrairement aux deux autres Régions, la Flandre n'a pas de catégorie distincte pour les oncles, tantes, neveux et nièces : ils relèvent de la catégorie « autres personnes ».

✅ Deux nouveautés au 1er janvier 2026

L'abattement du partenaire sur les biens mobiliers passe de 50 000 € à 75 000 € pour les décès survenus à partir de cette date.

Une singlevermindering apparaît : jusqu'à 100 000 € par succession taxés à 3 % puis 9 %, pour le défunt qui ne laisse ni partenaire ni descendants et qui a désigné ses bénéficiaires par testament. Elle doit être demandée dans la déclaration.

Les enfants de moins de 21 ans bénéficient d'une réduction de 75 € par année entière restant à courir jusqu'à leurs 21 ans, et le partenaire survivant a droit à la moitié du total dont bénéficient les enfants communs.

Wallonie : le barème le plus progressif, et le plus lourd entre étrangers

Tranche Ligne directe, époux, cohabitants légaux Frères et sœurs Oncles, tantes, neveux, nièces Autres
0 à 12 500 €3 %20 %25 %30 %
12 500 à 25 000 €4 %25 %30 %35 %
25 000 à 50 000 €5 %35 % jusqu'à 75 000 €40 % jusqu'à 75 000 €60 % jusqu'à 75 000 €
50 000 à 100 000 €7 %
100 000 à 150 000 €10 %50 % jusqu'à 175 000 €55 % jusqu'à 175 000 €80 % au-delà de 75 000 €
150 000 à 200 000 €14 %
200 000 à 250 000 €18 %65 % au-delà de 175 000 €70 % au-delà de 175 000 €
250 000 à 500 000 €24 %
Au-delà de 500 000 €30 %

Neuf tranches en ligne directe : la progression est douce, et le taux de 30 % n'est atteint qu'au-delà d'un demi-million par héritier. À l'autre bout, le 80 % appliqué aux personnes sans lien de parenté au-delà de 75 000 € est le taux le plus élevé du pays, à égalité avec Bruxelles.

Les abattements : la première tranche de 12 500 € est exonérée pour l'héritier en ligne directe, le conjoint et le cohabitant légal, avec une exonération supplémentaire de 12 500 € lorsque la part nette n'excède pas 125 000 €. Les enfants de moins de 21 ans bénéficient de 2 500 € par année entière restant jusqu'à leurs 21 ans. Les autres héritiers sont exonérés si l'actif net de la succession ne dépasse pas 620 €.

Bruxelles : une marche brutale à 175 000 €

Tranche Ligne directe, conjoint, cohabitants Frères et sœurs Oncles, tantes, neveux, nièces Autres
0 à 50 000 €3 %20 % à 30 % selon la tranche35 %40 %
50 000 à 100 000 €8 %40 %50 %55 % (jusqu'à 75 000 €)
100 000 à 175 000 €9 %55 %60 %65 %
175 000 à 250 000 €18 %60 %70 % au-delà de 175 000 €80 % au-delà de 175 000 €
250 000 à 500 000 €24 %65 % au-delà de 250 000 €
Au-delà de 500 000 €30 %

Le barème bruxellois en ligne directe est le plus heurté des trois : le taux double d'un coup, de 9 % à 18 %, en franchissant 175 000 €. C'est la marche la plus raide du pays sur cette catégorie.

Un abattement de 15 000 € s'applique sur la première tranche de la part du conjoint, du cohabitant ou de l'héritier en ligne directe. Les enfants de moins de 21 ans reçoivent 2 500 € par année entière restant, et le conjoint survivant la moitié des abattements supplémentaires des enfants communs. Les autres héritiers ne paient rien si la succession ne dépasse pas 1 250 €.

Particularité bruxelloise : le cohabitant de fait obtient les taux de la ligne directe s'il cohabitait effectivement au jour du décès et formait un ménage commun depuis au moins un an ininterrompu.

Le logement familial : exonéré partout, sous conditions

🦁 Flandre
Exonération
totale
Pour le partenaire survivant : marié, cohabitant légal, ou cohabitant de fait depuis au moins 3 ans. Exclue entre parents en ligne directe. Ne vaut pas pour une seconde résidence.
🌻 Wallonie
Exonération
totale
Pour le conjoint ou cohabitant légal survivant. Résidence principale du défunt depuis au moins 5 ans, bien situé en Région wallonne, au moins une part en pleine propriété dans la succession.
🏛️ Bruxelles
Exonération
totale
Pour le conjoint ou cohabitant légal survivant, après 5 ans de résidence principale. Exclue si le cohabitant légal est un parent, enfant, frère, sœur, oncle, tante, neveu ou nièce du défunt — dans ce cas, tarif réduit seulement.

Pour les héritiers en ligne directe qui ne bénéficient pas de l'exonération, la Wallonie et Bruxelles prévoient un tarif réduit sur le logement familial : 1 % puis 2 % et 5 % sur les premières tranches en Wallonie, 2 % puis 5,3 % et 6 % à Bruxelles. À Bruxelles, la valeur prise en compte pour ce tarif réduit est plafonnée à 250 000 € ; le surplus repasse au tarif normal.

La période suspecte : la règle qui rattrape les donations

C'est le point le plus mouvant, et celui qui coûte le plus cher quand on l'ignore. Une donation non enregistrée — don manuel, don bancaire — est réintégrée dans la succession si le donateur décède dans un certain délai. Ce délai est passé de trois à cinq ans dans les trois Régions, mais pas en même temps.

Région Délai actuel S'applique aux donations faites depuis Avant cette date
Wallonie5 ans1er janvier 20223 ans
Flandre5 ans1er janvier 20253 ans
Bruxelles5 ans1er janvier 20263 ans
✅ Une donation enregistrée est définitivement à l'abri

Payer les droits de donation la fait sortir pour toujours du champ des droits de succession, quelle que soit la date du décès. C'est tout l'arbitrage : 3 % ou 3,3 % tout de suite en ligne directe, contre le risque de voir la donation retomber dans un barème qui peut monter à 27 ou 30 %.

Droits de donation, biens mobiliers Ligne directe et partenaires Autres personnes
Flandre3 %7 %
Bruxelles3 %7 %
Wallonie3,3 %5,5 %

Pour les biens immobiliers, les barèmes sont identiques dans les trois Régions : en ligne directe et entre partenaires, 3 % jusqu'à 150 000 €, 9 % jusqu'à 250 000 €, 18 % jusqu'à 450 000 € et 27 % au-delà. Pour les autres, 10 %, 20 %, 30 % et 40 % sur les mêmes tranches.

⚠️ Attention aux documents périmés. Beaucoup de pages, y compris professionnelles, mentionnent encore un délai de trois ans. Ce n'est plus exact dans aucune Région en 2026. En Flandre, les donations immobilières obéissent en revanche à une règle distincte : un délai de 3 ans, sans droits de succession sur le bien donné, mais avec une prise en compte de sa valeur pour le calcul des tranches sur le reste.

Délais et Région compétente

Lieu du décès Délai de déclaration
En Belgique4 mois
Ailleurs dans l'Espace économique européen5 mois
Hors Espace économique européen6 mois

La Région compétente est celle du dernier domicile fiscal du défunt. S'il a habité à plusieurs endroits en Belgique au cours de ses cinq dernières années, c'est celle où il a résidé le plus longtemps sur cette période qui l'emporte. Un déménagement récent ne suffit donc pas à changer de barème.

En Flandre, les majorations pour dépôt tardif vont de 5 % — dépôt dans les cinq mois du dépassement — à 20 % à partir du dix-huitième mois, et l'absence de déclaration entraîne une imposition d'office majorée de 20 %. Une sous-estimation de la valeur des biens est majorée de 5 à 20 % selon l'écart, sans majoration si celui-ci reste inférieur à 10 %. Nous ne publions pas les barèmes wallon et bruxellois : les pages officielles n'étaient pas consultables lors de la vérification.

Ce qui vient, et ce qui n'est pas encore là

📌 Wallonie : une réforme, mais pour 2028

Une réforme adoptée doit abaisser fortement les taux wallons : maximum 15 % en ligne directe, 33 % entre frères et sœurs, 35 % pour les oncles et neveux, 40 % pour les autres, et exonération de la première tranche portée à 25 000 €. Elle s'applique aux décès survenus à compter du 1er janvier 2028, et aux actes de donation passés à partir de cette même date. Rien de tout cela n'est applicable aujourd'hui.

Côté flamand, une réforme est annoncée dans l'accord de gouvernement, mais à ce jour elle n'a modifié que l'abattement du partenaire et introduit la singlevermindering. Les taux de 3, 9 et 27 % sont inchangés, et l'administration flamande indique elle-même que sa page sera complétée dès que des décisions formelles seront prises.

À retenir : cette page donne les barèmes et les grands mécanismes. Une succession réelle fait intervenir le régime matrimonial, l'usufruit du conjoint survivant, les éventuelles donations antérieures et la composition exacte du patrimoine — autant d'éléments qui changent le résultat. Ton notaire est la seule source qui engage.